À Brazzaville, capitale de la République du Congo, l’obtention du casier judiciaire et du certificat de nationalité donne lieu à des pratiques qui interrogent le fonctionnement de l’administration judiciaire. Entre les délais administratifs, les intermédiaires et les montants variables, certains usagers privilégient la rapidité au respect de la procédure officielle.
Il suffit de se rendre au sein des tribunaux et aux alentours des mairies de chaque arrondissement pour s’en rendre compte. Une réalité désolante qui n’honore pas, selon les observateurs, l’administration judiciaire congolaise.
Un nombre considérable de raquetteurs proposent aux passants leur service « mafieux » d’établissement de ces documents précieux, sans pour autant suivre une démarche administrative. Selon un citoyen lambda, il suffit juste d’avoir sa pièce d’état civil pour certains et pour d’autres un morceau de papier comportant les références de l’usager. 5 minutes, voire 10 minutes, suffisent pour être en possession de son casier judiciaire ou de son certificat de nationalité. Les montants ici dépendent des humeurs, de l’habillement et parfois des liens d’amitié ou parentaux. Ces derniers peuvent simplement envoyer leur pièce d’identité via WhatsApp.
Pourquoi certains usagers privilégient-ils les circuits informels ?
La rigueur administrative ne fait pas l’unanimité. Des casiers judiciaires déjà signés sans aucune vérification des condamnations pénales d’un individu sont vendus aux yeux et au sus de tous. Une réalité qui alimente le sentiment d’une administration où la rapidité du service peut dépendre des moyens financiers ou des relations personnelles.
« Certains ont déjà ces papiers numérotés et signés. Ce qui justifie que ces papiers sont authentiques. Ils n’ont même pas le temps de vérifier si quelqu’un fait l’objet d’une poursuite judiciaire. 5 000 F CFA suffisent pour rendre un casier judiciaire vide et être nationalisé congolaise », a laissé entendre Ghers BALYMBA.
Lenteur administrative : le regard d’un juriste
Si certains fustigent le manque de vraies démarches administratives pour acquérir ces documents, d’autres pensent que cette manière contribue à rattraper le retard constaté dans de nombreuses administrations de Brazzaville.
« Je pense qu’il n’y a pas de problème en ça. Cela permet d’éviter un casse-tête et la lenteur déjà présente dans les administrations du Congo. Je préfère donner de l’argent à un coursier et en peu de temps, j’ai mes deux documents », a laissé entendre Dieuveille POATY.
Ce témoignage nous pousse à une réflexion simple. Pourquoi certains citoyens ne considèrent-ils plus les circuits informels comme une anomalie, mais plutôt comme une solution ?
La réponse parait évidente selon le juriste Destin Divin Kombo Nianga, qui, lors d’une émission sur la page Facebook Échos du vrai, estime qu’« aujourd’hui au Congo, on fait face à un problème. Il s’agit de la lenteur administrative. Et nous, les Congolais, on a souvent tendance à aller dans les administrations quand il est déjà trop tard. Vouloir la rapidité alors qu’il y a une procédure administrative ; et aujourd’hui ces personnes (agents) utilisent cette acuité pour demander les montants supérieurs ; normalement, le casier judiciaire est délivré en 24 heures, voire 48 heures, le temps de permettre au greffier de vérifier les registres afin de vérifier si vous êtes condamné ou pas. »
Entre lourdeur administrative et recours aux réseaux parallèles, le casier judiciaire et le certificat de nationalité semblent perdre leur valeur première de documents officiels pour devenir des pièces négociables contre quelques billets. Une situation qui met à nu les défaillances d’un service judiciaire, censé incarner la rigueur et le respect de la loi.
Tant que la rapidité sera perçue comme un privilège réservé à ceux qui peuvent payer davantage, la confiance dans l’administration judiciaire pourrait rester fragilisée.
