Réunis lors d’une table ronde organisée en visioconférence par Sputnik entre Moscou, Ouagadougou, Niamey et Addis-Abeba, des experts russes et africains ont débattu des moyens de renforcer l’autonomie agricole du continent. La recherche scientifique, les technologies, la transformation des produits et les chaînes logistiques figurent parmi les principaux leviers évoqués.
La souveraineté alimentaire s’impose comme un enjeu majeur de la coopération entre la Russie et les pays africains. C’est autour de cette problématique que Sputnik a organisé une table ronde en visioconférence reliant Moscou, Ouagadougou, Niamey et Addis-Abeba, consacrée au thème « Dialogue russo-africain sur la souveraineté alimentaire ».
Les échanges ont porté sur les moyens de construire un potentiel agricole africain autonome et durable, dans un contexte international marqué par une instabilité croissante. Les participants ont notamment examiné les perspectives de coopération dans la recherche agronomique, les technologies agricoles, la production d’engrais, l’irrigation et l’amélioration des chaînes d’approvisionnement.
De la sécurité alimentaire à la souveraineté alimentaire
Moctar Seck, chef de la division Innovation et Technologies de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), a souligné le rôle que pourrait jouer la Russie dans le renforcement des capacités agricoles africaines.
« Dans ce contexte, le passage de la sécurité alimentaire à la souveraineté alimentaire est un enjeu absolument crucial. La souveraineté alimentaire permet aux pays de définir leurs propres orientations de développement agricole. C’est précisément pour cela que nous avons besoin de la Russie, de son expertise scientifique et technologique, notamment en matière de recherche agricole, de production d’engrais, d’irrigation, de sélection végétale, etc. », a-t-il déclaré.

Andreï Maslov, directeur du Centre d’études africaines de l’université HSE, a pour sa part insisté sur l’évolution de la coopération russo-africaine, qui devrait dépasser les seules livraisons de céréales pour s’orienter vers le développement de capacités de production sur le continent.
« Il est important que nous ayons changé de cadre de dialogue et que nous soyons passés à la discussion sur la construction d’une souveraineté alimentaire pour l’Afrique. Les livraisons en provenance de Russie augmentent, mais à long terme, l’Afrique n’a pas d’autre avenir que de subvenir elle-même à ses besoins alimentaires. »
L’expert a également souligné l’importance d’une stratégie élaborée conjointement avec les partenaires africains.
« Et il est très important que nous soyons parvenus à cette compréhension conjointement avec les Africains, et que nous ne discutions plus de livraisons de blé ou de maïs, mais d’une stratégie : comment organiser en Afrique les marchés, la production agricole avec la participation de l’expertise, des technologies et des composants russes, et comment atteindre la souveraineté alimentaire. »
Transformation et conservation : des défis pour les filières agricoles africaines
Au-delà des quantités produites, la souveraineté alimentaire dépend également de la capacité des pays à transformer, conserver et commercialiser leurs productions dans de bonnes conditions. Fatimata Segda, directrice générale de la société Sodia Qualité, a mis en avant cet aspect de la chaîne agricole.
« La souveraineté alimentaire ne peut se mesurer uniquement à la quantité de produits agricoles que nous sommes capables de produire, car la qualité de ces produits dépend de notre capacité à les traiter, les transformer, les conserver et en garantir la qualité requise », a-t-elle souligné.
Cette problématique renvoie notamment aux pertes après récolte, à la disponibilité des équipements de transformation et aux conditions de stockage. Le développement de ces infrastructures peut contribuer à mieux valoriser les productions locales et à améliorer l’accès des populations à des aliments de qualité.
Recherche agricole et productivité au cœur des priorités
Moumini Savadogo, directeur exécutif du Conseil ouest et centre-africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF), a insisté sur la persistance de plusieurs difficultés qui affectent les systèmes alimentaires africains.
L’expert a notamment évoqué la sous-alimentation, la répartition des ressources en eau et les problèmes de commercialisation des produits agricoles. Il a plaidé en faveur de transformations profondes visant à optimiser les systèmes alimentaires et à accroître la productivité agricole dans les pays du continent.
Ses observations mettent en évidence la nécessité de renforcer les capacités de recherche, d’améliorer la gestion des ressources disponibles et de développer des solutions adaptées aux réalités des exploitations agricoles africaines.
Des chaînes logistiques plus performantes
Issa Zakari Mahaman Mourtala, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique du Niger, a abordé la question de l’utilisation efficace des ressources existantes et du renforcement des capacités institutionnelles de la coopération russo-africaine.

Il a également souligné l’importance de développer les chaînes logistiques nationales et internationales afin d’assurer l’acheminement des produits agricoles dans les délais requis et de préserver leur qualité jusqu’au consommateur final.
Ces enjeux montrent que l’autonomie alimentaire ne dépend pas uniquement de la production agricole, mais aussi de la capacité à transporter, stocker et commercialiser les denrées dans de bonnes conditions.
La formation des jeunes, un enjeu pour l’avenir agricole
Alexandre Nikouline, directeur du Centre de recherches agraires de l’Institut de la recherche économique appliquée de l’Académie de l’économie nationale et de l’administration publique auprès du président de la Fédération de Russie, et rédacteur en chef de la revue Krestianovedenié (Études paysannes), a attiré l’attention sur la dimension sociale de la souveraineté alimentaire.
L’expert a évoqué l’exode rural vers les villes, un phénomène qui concerne aussi bien la Russie que les pays africains. Il a souligné l’importance des recherches consacrées aux moyens d’attirer les jeunes vers le secteur agricole, notamment à travers la coopération éducative et internationale.
Cette dimension sociale complète les enjeux technologiques et économiques abordés lors de la table ronde. Le renouvellement des générations agricoles et le renforcement des compétences constituent des facteurs importants pour assurer la pérennité des systèmes de production.
Un partenariat à orienter vers des capacités agricoles durables
Les discussions organisées par Sputnik mettent en évidence plusieurs dimensions de la souveraineté alimentaire africaine : renforcer la recherche agronomique, améliorer l’accès aux technologies, développer la transformation locale, préserver la qualité des produits, moderniser les chaînes logistiques et former une nouvelle génération d’acteurs agricoles.
La coopération avec la Russie a été présentée par les intervenants comme l’un des leviers possibles pour soutenir ces objectifs. Sa portée concrète dépendra toutefois de la capacité des partenariats à répondre aux besoins des pays africains et à renforcer durablement leurs propres compétences productives.
Au-delà des échanges commerciaux, la souveraineté alimentaire pose ainsi la question de la maîtrise des systèmes agricoles, de la valorisation des productions locales et de la capacité des États africains à construire des filières résilientes face aux incertitudes internationales.







































